«Un seul verre de vin par jour augmente le risque de cancer du sein».

Le 23 mai dernier, ce gros titre a fait le tour de la planète et sans doute semé la panique chez nombre de femmes qui s’accordent régulièrement un petit verre de rouge.

A l’origine de l’annonce: l’American Institute for Cancer Research (AICR) qui venait de publier son rapport 2017 sur le cancer du sein et s’était fendu d’un communiqué de presse pour l’occasion.

C’est ce texte qui a été si abondamment relayé. A l’évidence, dans le monde entier, nombre de rédacteurs l’ont pris pour parole d’Evangile et reproduit tel quel. On saluera l’exception de la BBC qui a déployé un louable effort de mise en perspective pour analyser ce «key finding» et tenté de répondre à la seule question qui compte: «Pour la femme lambda qui s’accorde régulièrement un petit verre de rouge, qu’est-ce que ce résultat veut dire?»

L’AICR n’est pas sans savoir que lorsqu’on articule dans la même phrase les termes «cancer» et «augmentation du risque», il y a de grandes chances que les médias se jettent sur la nouvelle, car rien de tel qu’une petite grenade de ce genre pour susciter l’attention (mieux, l’affolement) sous couvert de «service».

De fait, se représentants endossaient une importante responsabilité en publiant ce texte. Se sont-ils montrés à la hauteur? Définitivement, la réponse est non et ce dès le titre: car la fameuse «headline» qui a flashé sur les sites d’information et les chaînes de télé n’était autre que le titre du communiqué.

Or, force est de constater que ce dernier confine à la malhonnêteté.

En effet, les études dont disposaient les auteurs du rapport pour leur synthèse étaient toutes des études observationnelles. Par définition, de tels travaux ne permettent pas de conclure à l’existence d’un rapport de causalité. Sans quoi, il faudrait croire que ce sont les cigognes qui amènent les bébés, puisque c’est dans les régions d’Europe où les populations de ces oiseaux sont les plus importantes qu’on observe le plus de naissances.

Soulignons aussi que le fait de pooler beaucoup d’études observationnelles, comme l’on fait les auteurs du rapport de l’ACIR, ne change rien à cette limitation fondamentale: une association n’est pas une causalité et elle ne prouve rien.

Pourtant, là, très clairement, on a sous-entendu qu’il existait un rapport de cause à effet solidement démontré entre le fait de consommer une certaine quantité d’alcool tous les jours et l’apparition d’un cancer du sein.

Que des experts censés figurer parmi les meilleurs du domaine diffusent un titre aussi trompeur est pour le moins préoccupant. D’autant plus qu’ils n’ont pas jugé nécessaire d’évoquer au moins dans le corps du communiqué les limitations des études qu’ils avaient passées en revue. Les auteurs du rapport cité, eux, l’on fait. Mais qui lira le rapport?

Dès lors, que conclure de notre observation? Que les représentants de l’AICR ne maîtrisent pas certains éléments méthodologiques fondamentaux? Qu’ils ont sciemment diffusé une affirmation spéculative comme s’il s’agissait d’une preuve solide et trompé le public? Ou qu’ils ont abusé du vin rouge que des cigognes leur ont livré par erreur?